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Interview de Franck Andolfatto pour Grimper

Pirmin Bertle in Inshallah 8c+ Kalymnos

Franck, j'ai rencontré à Kalymnos.                   Foto: Johannes Lüft

Copyright by Franck Andolfatto

Fiche signalétique :

Age : 25
Grimpe depuis : 11 ans
Lieu de résidence : Nulle part, Fribourg/Suisse jusqu’à Septembre passé
Pirmin en 3 mots :
Ta plus belle réalisation : Peut être vraiment Mehw power au Tarn

Si tu étais... tu serais... (tu peux te lâcher là !)
De la bouffe : En tout cas qqc de pas très gras, une soupe thaï forte
Un animal : Un chat tricolore
Une matière : La matière dont sont fait tes rêves 
Un élément : Titan J
Un endroit : La toundra en automne
Une prise : Un joli bi bien fuyant et petit
Un rocher : Selon ma copine qqc de très dur, du béton peut être
Une partie du corps : La paume
Une devise : There is only four ways to get it unraveled / one is to sleep and the other is travel / one is bandit up in the hills / one is to love your neighbor till / his wife get’s home… (Jim Morrison)
Pirmin : content

1) Alors Pirmin, peux tu te présenter plus précisément à nos lecteurs?  Comment s'est déroulée ta première rencontre avec la grimpe?

A l’origine, je viens de Bavière, du sud de Munich, tout prêt de Kochel. Mais la grimpe m’a attiré en Suisse, à Fribourg, où je suis tombé un peu par hasard sur des études de psycho. Mais maintenant, j’ai fini et comme ça je bouge librement comme un SDF à travers l’Europe.

Mon premier souvenir d’une corde autour de moi et très vieux, comme mon père est guide. J’ai marché à quatres pattes sur des blocs. Mais plutôt sur les dessus bien plat. A 14 ans le virus m’a vraiment contaminé, à force de chercher un sport pour lequel j’étais plus ou moins doué. Par contre la force n’était pas encore au top, alors j’ai acheté une poutre pour commencer mon entrainement de traction et voilà, après une demi-année d’exercices journaliers j’ai soulevé pour la première fois mon menton au dessus de la poutre.

 

2) Donc lorsque tu te mets à l'escalade tu ne penses pas être spécialement doué pour cette activité, quels ont été pour toi les déclics et les moments clés de ta progression durant ces 11 années ?

Effectivement, c’est vrai, je ne croyais pas que je finirais à un niveau pareil. Mon grand but était toujours d’enchainer un 8b, au moins jusqu'à ce que je réussisse mon premier 8a après deux ans. Mais quand même, de commencer à penser au 9a ou plus, je ne l’ai pas fait avant ces dernières années.

Les déclics pour y croire c’était ce premier 8a et, en même temps, la première place à un championnat bavarois, avec 20 prises d’avance sur le deuxième. Après, la découverte de projets plus longs et de la joie qui en découle sous la forme de mon premier 8c « Soft parade » en 2005 à Kochel dans lequel j’avais bossé vingt jours.

Le déclic le plus récent, c’est quand j’ai été viré du bar où je travaillais pendant en 2008. Ce qui signifie que j’ai pu dormir de nouveau normalement et que j’ai arrêté de boire tous les jours. Un changement, qui a donné comme résultat : seize 8b, treize 8b+, seize 8c, cinq 8c+ et un 9a dans les 15 mois suivants. Après ça, je savais : Presque tout est possible. Selon cette divise, justement aujourd’hui, j’ai pensé sérieusement pour la première fois à passer l’été prochain aux Gastlosen pour enchainer « Torture physique » avec toutes ses suites, un truc qui risque de dépasser le 9a+…    

3) Depuis tes débuts tu utilises une poutre comme support d'entrainement, qu'elle a été l'évolution de ce support au cours de ta pratique ? Te semble t-il indispensable de disposer d'un bon outil d'entrainement pour évoluer ?

En fait j’ai plutôt commencé par la poutre, je l’ai donnée à quelqu’un il y a longtemps. Après cette phase je trouvais le pan indispensable, mais depuis que j’habite en Suisse je trouve toutes sortes d’entrainement superflues. Ok, de temps en temps je fais toujours un peu de bloc en salle…

 

4) En revenant sur ton déclic le plus récent (avoir une bonne qualité de sommeil, consommer moins d'alcool...), on peut y associer la notion d'hygiène de vie. Tu penses que celle-ci est nécessaire en escalade, et pour la réalisation de belles performances? Et qu'est ce que cela inclue pour toi? Fais-tu beaucoup de sacrifices dans ce sens la? 

Alors, là je pose vite ma bière. Il faut définitivement différencier pour cette réponse. Entre le court terme et le long terme. Par rapport à l’alcool à court terme ça peut bien servir à remplir les stocks de calories et ainsi envoyer fort dans les blocs (pas pour la conti, car il rend le sang plus épais le lendemain). Sur le long terme, par contre, il te casse plutôt la forme. Pour la bouffe, c’est pareil. Charger à fond à court terme, ne pas devenir gros à long terme. Ça marche de même pour des perfs de conti. Ne pas devenir gros n’a rien à voir avec l’anorexie, cela casse la forme même plus vite que l’alcool. Le THC en outre améliore le sommeil et donc la régénération, mais j’ai rien dit… 

Avec la fête malheureusement il s’agit du contraire. À court terme ça ne marche pas très bien, en tout cas pas avec trois heures de sommeil pour le 100% de perf. À long terme, par contre, ça casse plutôt la motivation de ne pas la faire, elle fait quand même partie de la vie. Par contre trop de fête ne correspond pas au budget d’un grimpeur.

Quant à moi, je suis toutes ces règles et je vais très bien. Pas de blessures, pas très gros, assez de motivation, assez de matinées embrumées… La vie est trop belle pour être sacrifiée.

 

5) Donc je récapitule, tu ne t'entraînes plus régulièrement, tu profites au maximum de la vie, tu n' es pas contre un "petit" verre de temps en temps et tu performes au plus haut niveau. Quand on voit les athlètes et notamment les compétiteurs de haut niveau qui suivent une ligne très stricte d'entraînement et d'hygiène de vie, qu'est ce que cela t'inspire?

Non, pour être franc, cela m’inspire peu. Déjà ma façon de vivre me semble des fois un peu fondamentaliste (pas forcement mon hygiène de vie, mais les heures que je passe en falaises), pour ne pas parler d’une vie d’un vrai professionnel.

Ce qui m’inspire quand même c’est l’entrainement équilibré des compétiteurs. Comme moi, je n’ai jamais eu d’entraineur, j’ai rarement fait tous ces exercices de souplesse, de gainage. Si je me compare avec des compétiteurs, c’est quelque chose qui me manque un peu. Dehors, les accents sont plutôt mis sur la force des doigts et la resi.

   
6) On évoque souvent la notion de mode de vie ou "life style", qu'en penses tu, et surtout par rapport à toi et ta pratique de la grimpe?

C’est ça qui maintient ma motivation inépuisable pour la grimpe. Les voyages, l’atmosphère en falaise, les bons contacts sociaux avec les autres grimpeurs, la serviabilité. La possibilité de mener une vie avec des moyens modérés, près de la nature, si on le veut loin de la civilisation normale a un grand potentiel destressante. Dans une grotte, sans réchaud, sans tente, avec des pantalons rapiécés et avec la douche matinale dans une rivière sur le point de geler. 

Mais également, ce qui vaut beaucoup, c’est l’enrichissement de la vie quotidienne. Par exemple par ces bons jours dehors, avec un repas avec des potes et une sortie ensuite. Même si ça veut dire que quelques heures en falaises.

En pratique, cette manière de voyager « low budget » a peut être des effets un peu malfaisants sur la grimpe, car un hôtel favoriserait un peu mieux la régénération. Pourtant tout est qu’une question d’adaptation…

  

7) Tu as effectivement réalisé de belles performances cette année, dont la réalisation de trois 9a, comment vis-tu une réalisation comme cela?

Peux tu nous décortiquer les différentes périodes : avant la réalisation, durant ton ascension (si toutefois tu y penses en grimpant), et bien sur après la réalisation.

Alors, pour moi, la période presque la plus plaisante, c’est bien avant la réalisation. Voir les moves, les déchiffrer, les essayer, enchainer des passages de plus en plus longs. Ça j’adore. Arrivé à la période des vrais essais de l’enchainement tout devient un peu plus stressant. Dès le moment où je sais, que ça peut marcher, je me mets des fois un peu trop de pression. Surtout si c’est à l’étranger et qu’on aimerait bien changer de site ou si on est menacé par du mauvais temps.

L’enchainement seul c’est un flash pur. De la concentration aigüe, toujours en estimant mes chances en comparaison avec les essais précédents, vers la fin, renforcé par la foi que cette fois ça peut marcher. Un genre de pensées, qui me donne un push énorme et qui me porte vraiment encore quelques moves plus loin, alors que je suis dans le même état que dans un autre essai où je suis tombé à cet endroit là.

Après l’enchainement réussi bien sûr c’est la fête. Des fois plutôt déclenchée par un soulagement, si c’était un projet long ou simplement par de la joie, si c’était un truc vite réussi. En général, pourtant je profite fort du processus et je base ma motivation autant sur des buts d’étape que sur le but final. Sinon des longs projets seraient insupportables.

 

8) Escalade et voyage sont pour toi inséparables? Quelles sont les destinations qui te font vibrer en ce moment?

Ha, ça va sonner un peu con là maintenant, mais le truc qui m’attire à fonds ces jours, c’est la grimpe chez moi, en Suisse, à Charmey ou même dans une salle sympa. Mais c’est plutôt à cause de mes trois mois sur la route depuis septembre. Il faut toujours trouver l’équilibre entre les trips et la grimpe dans un cadre plus civilisé avec chauffage, fête, copine…

Sinon mes spots préférés pour des séjours plus longs sont définitivement Siurana, Tarn, Céüse. Pas uniquement pour la qualité de l’escalade, mais plutôt pour l’ambiance, les gens, la nature et mes propres expériences là bas. En arrivant à Siurana je me sens toujours un peu chez moi. Alors tu vois, ce n’est pas forcément seulement l’élément de la nouveauté qui m’attire en voyageant, mais aussi sa contrepartie, la familiarité.

    
9) Quels sont tes prochains projets, et est ce qu'il y a une voie sur terre qui te motive plus que tout, qui te démange les doigts ?

En sport je ne suis pas tellement ambitionné, puisque en matière de grimpe je suis arrivé à un niveau qui pour mon talent est déjà très perfectionné. Néanmoins, mon mental est plutôt ma force alors, si je trouve une belle ligne près de chez moi, je prendrais le temps nécessaire, même si c’est peut-être un 9b.

Mais dans un sens plus large, j’aimerais suivre la voie de mes envies et de l’ouverture d’esprit. Je cherche quelque chose, qui me permette de changer de voie comme je veux, qui ne m’attache pas à un job à 100% à quelque part et qui demande de la créativité. Ça sera difficile à financer, mais en consommant peu ça peut fonctionner. En gros tout ça restera probablement dans le cadre de l’escalade. Ce monde, ces gens, ces ondes me conviennent mieux.

Peut être la voie que je viens d’emprunter dans le cadre de notre projet de livre de photographie sur les quinze plus beaux sites d’escalade sportive en Europe « Passion verticale » sera la bonne (à partir de fin 2011 chez GeoQuest, plus tard j’espère aussi en français). En tous cas les photos, les textes, ou aussi les vidéos sont quelque chose qui pourrait bien me faire plaisir pour pas mal de temps.

    
10) Est ce que l'histoire de la grimpe t'intéresse, est ce important pour toi ?

J’adore la mode de montagne des années 70 ;). Non, plus sérieusement, l’histoire de la grimpe est trop courte pour l’appeler déjà une histoire. Sinon je trouve très intéressantes toutes ces histoires de grandes perfs alpines. Dangereuses, audacieuses, mentalement exigeantes. Mais ce qu’on fait aujourd’hui en falaise, au niveau de nos motivations, c’est quelque chose de bien différent. Passer un bon moment, bouger, être dehors et ne pas surmonter un défi inhumain, se torturer en souhaitant d’avoir fini le trip. Je préfère apprécier le moment plus que le but. De ce point de vue, l’histoire de l’alpinisme est fortement intéressante, mais elle n’est pas celle de ma passion.

 

11) Tu as passé tes dernières années en Suisse, du côté de Berne. Que penses tu de l'escalade dans le Valais et de la dynamique grimpe dans la région ?

En fait, Fribourg, où j’ai étudié pendant quatre ans, n’est pas en valais, mais un peu au nord et donc dans les pré-alpes suisses. La grimpe là-bas est plutôt typique du nord des  alpes: du calcaire gris ou blanc, des réglettes, des plats, parfois des trous dans pleins d'inclinaisons différentes  et dans tous les styles. Force max, resi, conti, toujours plutôt technique. Les meilleurs spots près de Fribourg sont surement les Gastlosen et Charmey, une barre assez neuve. Le premier pour l’été, le deuxième pour le reste de l’année, qui permettent de grimper avec des bonnes conditions tout le temps.

Quand je suis arrivé, j’avais l’impression d’être dans un coin où il n'y avait pas trop de dynamique, mais je m’étais bien trompé. Grace à Daniel Rebetez et aussi son frère Martin et  quelques autres ouvreurs le nombre des voies dans le canton (sans les 1000 longueurs des Gasts) entre 2006 et 2010 a augmenté de 160 à 460. Seulement à la Tribune à Charmey il y a presque 100 voies, dont environ 30 dans le 8 et deux 9a. En plus, l’équipe Rebetez est en train de construire une grande salle d’escalade à Fribourg (« Bloczone ») qui va ouvrir ses portes en février 2011. Et au plus tard à ce moment là, Fribourg sera une des meilleures bases de grimpe avec une université en Suisse.



12) Quels sont tes souvenirs les plus marquants de journée en falaise ?

Il y en a beaucoup. Des grands moments sportifs, comme par exemple l’enchainement de « Inshallah » et « Gora Guta Gutarak », les deux 8c+, en un jour à Kalymnos, il y a deux semaines. Des moments un peu dangereux, comme des accidents évités de justesse, à nouveau dans « Inshallah » il y a trois semaines quand je suis tombé au relais avec un bac dans la main et que ma chute s'est arrêtée à 40cm du sol. On en a quand-même ri. Ensuite, des moments sociaux comme des fêtes improvisées aux pieds des falaises après une grande journée de grimpe avec des gens que je ne connaissais pas encore le matin même. Un autre truc qui me reste toujours, c’est les grands spectacles météorologiques, comme par exemple un front d'air froid qui t’écrase à Céüse.

Mais en général, les souvenirs les plus marquants, se déroulent plutôt dans des cadres inhabituels, comme des longueurs, des hautes routes ou dans des spots que je découvre. C'est moins lié à leur qualité qu’à leur particularité. En gros, mes souvenirs de journées de grimpe s'entassent pour faire une montagne d'expériences agréables…

 

13) L’éthique par définition fait référence à la morale, des habitudes et des mœurs. Elle est normative, donc gérée par des règles, dans un milieu. Sa finalité est d'indiquer comment les gens doivent se comporter, agir et être, entre eux et envers ce qui les entoure. Qu'est ce que cela t'inspire par rapport à notre sport ?

Puisqu’en falaise il n’y a pas des règles définies il faut prouver même plus de morale. Une chose qui fonctionne assez bien entre les grimpeurs malgré toutes sortes de rumeurs qui racontent le contraire. Des vrai pipoteurs il y en a peu et heureusement ils se font démasqués au bout d’un moment, normalement. En plus, leur satisfaction reste douteuse, comme ils dévalorisent un des buts centraux de notre sport en se mentant à eux-mêmes. Même si ça permet d’avoir des meilleurs contrats, à mon avis ce peu d’argent ne vaut pas la peine d’être connu comme quelqu’un qui lance toujours ses meilleures perfs sans témoins.

Après, il y a quand même de temps en temps des petites « entorses ». Avoir oublié le nombre d’essais, avoir oublié la corde dans le cinquième spit avant de lancer un essai, avoir par mégarde donné 9a+ au 8c+/9a dans un coin perdu, où il y a rarement de répétiteurs potentiels qui passent… Reste la devise : Le plus propre l’enchainement, le plus grand le plaisir.

Par rapport à la manipulation des voies, il ne vaut mieux pas le faire, mais si dans le coin on est d’accord de le faire comme ci ou comme ça, on ne trompe personne, si on recolle une prise par exemple. On peut faire le fondamentaliste chez soi (en mettant quelques règles en place), si on a envie de se prendre la tête. D’un autre côté je pense que on n’a pas à toucher des voies que d’autres ont équipées. Certaines prises renforcées au Sika peuvent parfois avoir l’air d’être collées sans l’être. Il ne faut pas juger trop rapidement.

 
14) Comment te vois-tu dans 10 ans ?

Clochard bien sur ! Si j’arrive à l’éviter, c’est parce que je me suis marié avec une belle femme riche avec un bon job. Mais en gros je me vois content avec toujours plein de projets créatifs en tête, qui n’engendrent pas forcement de profit. Et il y a quelques choses que je vois bien clair. Je vois toujours de montagnes, toujours de la nature, toujours des gens, qui n’ont pas de vrai boulot (peut-être ils seront tous plus jeune que moi, mais c’est la vie).

Mais je vois aussi des enfants, je n’arrive pas à voir si c’est les miens, mais quand même c’est un truc qui m’a toujours motivé, de faire des enfants… A part ça, tout reste dans l’obscurité.

 

 

Un texte sur n’importe quoi :

Quand je vais grimper, deux petits fantômes s’installent sur mes épaules. On pourrait les nommer communément ange et démon, mais mes petits fantômes ne se limitent pas à ça. L’un essaie constamment de me convaincre de ne rien lâcher, de me donner plus de peine, de me jeter sur la prochaine prise, de tenter encore un essai, de passer un jour de plus dans une voie. Il me pousse vers le succès. Traditionnellement on pourrait appeler ce petit fantôme un ange. Le petit ange attaqueur.

 Sur mon autre épaule est assis un patapouf. Il est dédaigneux, négligeant et boulimique. Il tente de me faire lâcher prise. Littéralement bien sûr, mais aussi d’abandonner mon projet, mes rêves, de devenir un jour un grimpeur vraiment fort. Simplement tout lâcher. En suivant toujours la tradition on pourrait le baptiser petit démon lâcheur.

Mais ce n’est pas si simple. Parce que je l’aime bien, moi. C’est un compagnon agréable, content, absolument pas frustré, patient. Il se repose quand les autres travaillent et ne se donne que rarement la peine de se lever de son canapé, qu’il a en outre aussi installé sur mon épaule.

Je crois que j’aime plus ce petit patapouf que la plupart des gens. Peut-être parce que je me laisse facilement convaincre par les idées de son alter ego et que donc je suis vraiment reconnaissant quand, de temps à autre je peux tout abandonner. Rien n’est plus agréable que ces moments où l’enchaînement, le projet, ou une idée légèrement mégalomane deviennent complètement futiles, même si quelques secondes auparavant cela m’apparaissait vital. Puis c’est la chute amortie dans un monde préservé de toutes ambitions et volonté. Et c’est là, sur le petit canapé de mon démon que je peux me reconstruire pour mieux repartir affronter tous les vœux du petit ange.

Hier, j’ai été regarder « Amazonie » (9a) de François Nicole à Saint-Triphon en Bas-Valais. Elle m’a déchiré la peau des doigts, exige des moves bloc aussi durs que son calcaire, que je n’ai plus entraîné depuis neufs mois et m’a semblée plus dure que jamais. Malheureusement elle au moins tout aussi géniale et ça fait longtemps qu’elle figure sur ma liste de vœux. Mais la perspective de tous ces moves difficiles et des jours de travail qui m’attendent, me rende attentif au chuchotement qui s’élève depuis mon épaule où est installé un petit canapé.

 

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